mercredi 17 janvier 2018

Le Cachot de la Sorcière, de Joseph Delaney


Qui aime se faire peur et lire de la littérature jeunesse connaît déjà Joseph Delaney, pour sa saga de l’Apprenti Epouvanteur. Je dois avouer que j’ai lu le tome 1 il y a quelques mois, sans être particulièrement émue, au grand dam de certaines copines fanatiques…😅 Je ne garderai sans doute pas un avis tranché sur la questions car les circonstances peuvent parfois faire qu’on passe à côté d’une lecture, ou encore, en ce qui concerne les sagas, qu'on puisse parfois seulement accrocher à partir du second tome… 

Par contre, j’avertis les afficionados de l’Apprenti Epouvanteur qu’en commençant à lire Le Cachot de la Sorcière, je n’avais sans doute pas les mêmes exigences qu’eux. De plus, il faut savoir que ce récit est court, le texte écrit en gros caractères et très aéré : il s’agit donc d’une nouvelle. 

Mais part belle a été faite aux illustrations, réalisées à l’encre noire et qui rappellent un peu les gravures du XIXe siècle. A chaque double-page, ou presque, on retrouve un dessin, qui ponctue, encadre, voire envahit les pages. L’intérêt de l’ouvrage réside d’ailleurs, selon moi, dans l’interaction entre l’intrigue et ces réalisations visuelles qui crée une ambiance sombre et effrayante.

L’intrigue est rondement menée. 

Ainsi, le cadre et le héros sont bien choisis : un orphelin doit travailler pour vivre dans un univers plutôt cruel où les enfants ne sont épargnés ni par les épidémies ni par les adultes, qui exigent d’eux qu’ils travaillent au moins autant qu'eux-mêmes.

Par ailleurs, c'est par le héros de l’histoire, le jeune Billy Calder,  que le lecteur découvre la prison dans laquelle se déroule l'intrigue : avec lui, il entend les rumeurs qui courent au sujet de l'endroit, puis les anecdotes du vieux gardien et enfin en fait lui-même l'expérience, auprès de l'adolescent. Chaque étape fait ainsi monter la pression, pour aboutir à un final assez impressionnant et qui m’a complètement attrapée !


J'ai donc passé un court mais bon moment de lecture, grâce à une intrigue bien menée et à l’incontestable apport des illustrations.

dimanche 14 janvier 2018

La Brigade des cauchemars



J’ai demandé La Brigade des cauchemars de Franck Thilliez et Yomgui Dumont, chez JungleFrissons, à la Masse critique de Babelio, car j’aime la thématique du rêve et du cauchemar. Générés par l’inconscient, ils sont une sorte d’écriture métaphorique des secrets cheminements de notre esprit ; ils sont à la fois l'énigme et la solution : je trouve cela stimulant.

D’après le résumé de l’éditeur, une équipe constituée de deux adolescents, Esteban, amnésique depuis trois ans, et Tristan, le fils handicapé d’un scientifique, le professeur Angus, entrent dans les rêves d’adolescents qui souffrent de cauchemars récurrents et traumatisants. Guidés par la voix du professeur, Esteban et Tristan cherchent à comprendre l’origine du rêve et à l’empêcher de récidiver. Une promesse de fantastique : J’ADHERE.

Certains ajouteront que le scénario est du génialissime Franck Thilliez, argument conséquent… Je n’en sais rien, car je n’ai encore jamais lu les livres de cet auteur ! Je sais, je sais : Vade retro satanas, et tutti quanti…😂

J’attaque la lecture de cette bande dessinée en fin de soirée, lorsque la nuit est bel et bien tombée et que je suis seule au fond de mon lit. Bref, je me mets dans l’ambiance...😏

Une demi-heure plus tard, j’en ressors ravie.

La narration est parfaitement maîtrisée. En quelques mots, en quelques traits de crayon, la situation est tout de suite bien établie. C’est Esteban qui prend en charge le récit : rompu aux voyages oniriques, il nous explique en quoi ils consistent, quelles en sont les enjeux et les implications. On observe aussi une complicité touchante entre les deux garçons, qui les place à l’égal de deux frères, tandis que les liens qui les rattachent au professeur Angus, eux, semblent plutôt froids et professionnels.


Quand ils entrent dans le rêve de Sarah, une patiente de la clinique du sommeil où ils officient, un premier mystère nous tient en haleine : quel est le problème de Sarah ? Que signifie son rêve ? Comment associer entre eux les symboles dérangeants qui parcourent son rêve pour créer du sens et savoir ce qui la tracasse ? Fascinée, j’ai personnellement donné ma langue au chat, tandis qu’Esteban démontrait, de son côté, de réelles capacités à interpréter les signaux de l’inconscient.


Mais le mystère s’ajoute au mystère, quand on comprend que Sarah n’est pas une parfaite inconnue, et que le professeur Angus cache beaucoup de secrets et qu'il a des visées bien plus larges que le simple sauvetage d’adolescents perturbés…

Le dessin se révèle d’une grande efficacité narrative et crée le cadre idéal à l’intrigue assez sombre de la bande dessinée, que je qualifierais volontiers de thriller psychologique et fantastique graphique.


Il parvient ainsi à bien camper chaque personnage : les grands yeux bleus d’Esteban le rendent tout à la fois sympathique et peut-être un peu candide ; la haute silhouette longiligne du professeur, son visage émacié et son nez pointu, ôtent à ce dernier toute trace d’empathie et fait de lui un personnage dépourvu de sentiments, intéressé, qui n’est pas sans rappeler le thème du savant fou, prêt à n’importe quoi pour faire progresser la science, ou son propre intérêt.

Les bandes noires qui encadrent le rêve de Sarah nous invitent dans un endroit autre (La chambre noire ? Notre inconscient ?), mais il rend aussi cet endroit effrayant et suffoquant, tout comme le scénario du rêve de l’adolescente. Car, et c’est cela qui est à la fois le plus dérangeant et le plus intéressant : outre la psychologie humaine, la mécanique du rêve, Franck Thilliez évoque surtout l’adolescence, cet âge où on met fin à sa candeur enfantine et où les parts d’ombre des adultes se révèlent.


Voici donc un premier tome particulièrement redoutable, puisqu’il installe, avec une remarquable efficacité, les jalons d’un premier épisode, tout en travaillant à créer un arc narratif, qui nous poussera inévitablement à nous jeter comme des voraces sur les tomes suivants.



vendredi 12 janvier 2018

Robin à la dernière seconde, de Manon Fargetton




Quand j’ai entendu parler de cette série des « Plieurs du temps », j’ai d’abord pensé à une histoire de voyage dans le temps. Que nenni ! Car les Plieurs du temps peuvent en réalité arrêter le temps, ce dont tous les curieux rêvent (ça ou la duplication ou encore le don d’ubiquité), depuis qu’on a vu Hermione participer à tous les cours qui lui faisaient envie à Poudlard !

J’ai donc décidé d'acheter Robin à la dernière seconde au Salon du livre de Fougères pour le faire dédicacer par la sympathique Manon Fargetton.


De quoi parle-t-il ?


Robin, jeune garçon de dix ans un peu renfermé mais très réfléchi, trouve le moyen d’arrêter le temps. Que faire de ce pouvoir ? Pour quoi l'utiliser ? Peut-on en faire usage n’importe comment ? Robin va l’apprendre à ses dépens... et se poser beaucoup de questions.


Ce que j'en ai pensé :


En lectrice pressée, j’ai d’abord trouvé la mise en place un peu longue 😝 (Quoi ? 3 chapitres pour en arriver à la découverte ???), mais j’ai ensuite vite été happée par l’histoire.

Tout d'abord, il m’a plu que la narration soit prise en charge de l’intérieur, par Robin, personnage un peu timide, un peu en retrait, pas très sûr de lui, mais très attendrissant. De fait, je suis persuadée que de l’extérieur, il serait difficile de le connaître. 
Il est en effet très touchant parce qu’hormis pour Anthony, qui lui fiche une trouille bleue, il voit constamment le meilleur dans les gens : son ami Charly, ses sœurs, ses grands-parents... 
Par ailleurs, il se livre aussi sans mentir : il est le premier à avouer qu’il n’est pas toujours bien courageux, qu’il aimerait briller davantage, mais qu’il ne sait pas comment. Il se sent aussi responsable de ses actions : ses valeurs sont très fortes.
Son attention constante pour sa toute petite sœur, avec laquelle il entretient un lien particulier, ainsi que sa complicité avec sa cadette d’environ un an, le rendent très touchant. 


Ensuite, j'ai apprécié le travail qu'opère Manon Fargetton sur le pouvoir d'arrêter le temps. 
Ainsi, celui qu’acquiert Robin le met face à plusieurs dilemmes qui peuvent parler à tout le monde, petites comme grandes personnes : penser à soi, de temps en temps, fait du bien, mais ne risque-t-on pas, à force, de perdre ses amis en les laissant de côté ? 
Et comme on dit, un grand pouvoir confère aussi de grandes responsabilités : dès lors qu’on le possède, a-t-on le droit d’en user comme on veut ? Sans penser aux conséquences ?
La façon dont Robin réagit à ses différentes expériences de "bulles temporelles", les décisions qu’il prend, font écho à ce que soi-même on pourrait ressentir ou faire.
Il est d'ailleurs révélateur que pour gagner du temps, Robin doive d’abord le perdre... Mais je ne vous en dis pas plus : à chacun de se faire sa propre idée à ce sujet...


Enfin, Manon Fargetton place déjà des jalons pour les intrigues qui concerneront Anthony, Charly et Camille dans les tomes suivants. Qu'en est-il de la brute épaisse Anthony ? du solaire Charly ? de la discrète mais astucieuse Camille ? Comment chaque enfant va-t-il s’accommoder de ce pouvoir ? Va-t-il l’obtenir de la même façon que Robin ? J'aimerais qu'avec l'ajout des autres personnages, l'histoire gagne en enjeux et en complexité, que cela dépasse le personnage même qui nous offre son point de vue. A voir avec les suivants : j'ai hâte !


Robin à la dernière minute n'est donc pas qu'une histoire à la dimension de son héros de dix ans, dont on suit cependant le cheminement avec beaucoup d'intérêt ; ce tome questionne aussi notre propre rapport au temps et aux autres et ouvre sur une saga qui promet d'être addictive !

dimanche 7 janvier 2018

Ce que je fais, qui je suis et qui je deviens



Il paraîtrait que nos actes nous définissent… Selon moi, c’est vrai dans un certain sens. Par exemple, les autres se font une représentation de qui nous sommes à partir du comportement que nous adoptons en leur présence. De même, selon la psychologie, certains actes que nous commettons, nous surprennent nous-mêmes et comme il faut vivre avec, nous modifions nos valeurs et notre vision de nous-mêmes pour nous y adapter.

Cependant, je me révolte contre l’idée que nos actions résument ce que nous sommes.

Quand j’étais adolescente, mes parents ne cessaient pas de me reprocher mon inaction : je ne sortais pas, ne voyais pas d’amis en-dehors de l’école, bref je ne faisais rien. A travers leurs reproches, je comprends aujourd’hui qu’ils me confiaient en réalité leur inquiétude que je ne devienne rien, que je en prenne pas en charge mon avenir.

A présent encore, certaines réflexions reviennent au téléphone : « Vous êtes sortis, au moins, avec le Chouchou ? ».

Alors, j’ai pris l’habitude de dire que je ne fais rien de mes journées, quand je suis en week-end ou en vacances. D’autres me font l’exposé de leurs sorties et de leurs voyages. Ils sont allés là, ils ont vu ça, ils ont rencontré untel. Bien. Quand ils sortent l’album photo virtuel, pour faire défiler les 121 clichés qu’ils ont pris de leur périple, je lève les yeux au ciel. D’abord, parce jamais des photographies ne parviendront à donner les dimensions réelles de l’endroit et son empreinte : elles les réduisent à un cadre tellement étroit ! Ensuite, parce qu’ils me disent ce qu’ils ont fait et où ils sont allés, alors que moi, je serais bien plus intéressée par ce qu’ils ont vécu et surtout COMMENT ils l’ont vécu. Racontez-moi comment ce voyage a changé votre vie, comment il a changé votre vision des choses, comment il a remis en cause, ou confirmé, vos valeurs.  En réalité, ce serait bien difficile de faire un peu d’introspection, car le tourisme n’est pas toujours le lieu du voyage intérieur ; il est souvent bien davantage l’occasion d’un étalage des richesses, c’est-à-dire la vitrine d’une identité superficielle.

Quant à moi, je ne fais rien, en tout cas rien qui se raconte et dont je puisse me vanter.

A Noël, dans un échange familial des faits et gestes de chacun (J’habite loin de ma famille.), je me suis surprise à dire à plusieurs reprises, comme pour faire du comique de répétition : « Et sinon, je lis un livre en Anglais ! » C’est bien triste, tout ça ? Eh bien, oui et non. Je me suis aperçue que certaines choses, pourtant essentielles à ma vie, ne peuvent pas être partagées avec ma famille.

Car, voyez-vous, je ne fais pas ; je deviens.

De l’extérieur, j’ai une existence tout à fait tranquille, routinière. A l’intérieur, je grandis, je me développe, chaque minuscule expérience est l’occasion d’apprendre et de me construire. Est-ce que ça se raconte, cela ? Pas dans une conversation quotidienne, avec ma famille, ou des connaissances. Puis-je révéler à brûle-pourpoint qu’une petite fille de mon âge m’a un jour apaisée, par quelques paroles rassurantes, alors que j’étais complètement paniquée et que ce seul acte de gentillesse, qui manquait à mon existence, a inconsciemment conditionné ma vision de qui je souhaitais devenir ? Puis-je exposer, au petit bonheur, les milliers d’idées et de pensées qui défilent et s’enroulent les unes aux autres toute la journée, et une partie de la nuit ? Mettre au jour mes interrogations, mes créations, qui je crée chaque jour, comment je me remodèle, comment j’élargis ma compréhension des autres et du monde ? Tout cela ne se dit pas.

Ma vie intérieure est tellement plus riche et bouillonnante que ma vie extérieure. Parfois, elle me met en extase, tant elle est vivante ; quand le moment est passé, je ne sais plus bien où j’étais, comme si, oui, comme si ma vie intérieure était un endroit, un bel endroit, nourrissant. Parfois, elle me suffoque, tant elle prend de la place. Je pense même que je la réprime en partie pour continuer de satisfaire au calendrier social…

Car, voyez-vous, je ne fais pas, je deviens. Et cela, on ne l’expose pas au tout venant, au simple détour d’une conversation.

Et je vais continuer ainsi ; peut-être même vais-je m’y plonger davantage, parce que c’est ce qui me pousse : mon étincelle de vie prend cette forme. Je laisserai aux autres les exploits quotidiens.