mercredi 29 novembre 2017

La philosophie pour les petits chez minedition



J'ai donc découvert Minedition au salon du livre jeunesse de Fougères, grâce au talent de conteur du vieil homme qui tenait le stand. 

Et voici ce que j'ai découvert : minedition publie des albums jeunesse qui propose une vraie réflexion sur la vie.

Prenons par exemple Des amis pour la vie, de Michael Engler et Joëlle Tourlonias. 

Un hérisson et un lapin se rencontrent et s’apprécient pour leurs différences : le lapin aime les piquants du hérisson et le hérisson, la fourrure du lapin. Ils deviennent amis et ne se quittent plus, car ils se complètent l'un l'autre. Ils ont  par ailleurs l’intelligence de s’adapter chacun au régime alimentaire de l’autre : les carottes pour le lapin, les escargots pour le hérisson. 

Mais voilà que le hérisson finit par éprouver le besoin de s’isoler et disparaît longtemps. Très longtemps. Le lapin, qui attend au pied de la maison du hérisson, dans la neige, ne comprend pas, d'abord. Il se fâche un peu, mais continue d’attendre, jusqu’à ce qu’un corbeau lui explique que c’est une habitude de hérisson que d’hiberner.


Alors, tandis que le printemps pointe le bout de son nez, le lapin construit un terrier pour deux et attend tranquillement que le hérisson se réveille.


En voilà une belle histoire d’amitié indéfectible, qui se fonde sur l’admiration des différences et l’ajustement réciproque aux petites habitudes de l’un et de l’autre, mais qui traverse aussi des moments d’éloignement et d’incompréhension. 

Cet album est une ode à la tolérance, à l’enrichissement qu’on trouve à s’ouvrir au monde de l’autre. 

Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir aussi une autre proposition d’amour, présentée tout en douceur, puisqu’il s’agit de deux individus du même sexe qui se trouvent, s'apprécient et ne peuvent plus se quitter.


Bonhomme et le caillou bleu, de Anne-Gaëlle Balle et Eve Tharlet, nous offre une autre jolie idée de la vie.

Bonhomme trouve un jour une jolie pierre bleue, imposante pour ses petits bras. Il rencontre différents animaux qui l’incitent à se débarrasser de l’objet, qu’ils jugent embarrassant et inutile, mais chaque fois, Bonhomme refuse, obstinément. Bah oui ! N’est-il pas suffisant qu’un objet soit beau ? Faut-il en plus qu’il soit utile ? La beauté n’aurait-elle pas non plus son rôle à jouer dans le monde ? Ne mériterait-elle pas quelques efforts pour en profiter ?

Bonhomme poursuit son chemin et rencontre une grande fillette dont la poupée a perdu un œil. C’était donc cela, le caillou bleu que Bonhomme transportait ?! Pas si inutile finalement, ce petit caillou, non ? Gardée précieusement par un petit bonhomme, elle complète un autre objet, pour lequel une fillette s’était prise d’une grande affection et qui était menacé d'être jeté, parce qu'il était abîmé.

Pourquoi donc jeter ce qu'on trouve beau ? Et pourquoi devrait-on jeter ce qui est abîmé ? Ne pourrait-on pas le réparer ? J'y vois, pour ma part, une possible critique de la société de consommation, qui veut que, dès qu'un objet a subi un dommage, on l'envoie à la poubelle et on le remplace par un autre, tout beau, tout neuf.

Et puis n'est-il pas possible d'apprécier ce qui a vécu, d'apprécier les cicatrices de l'objet en raison même de ce qu'on a vécu avec ? Je ne peux m'empêcher de penser à cette course au rajeunissement quand les rides apparaissent, à ces actrices qu'on met placard parce qu'elles vieillissent, à ces petits vieux qu'on évite parfois parce qu'ils nous rappellent que tout le monde décline un jour et meurt. Fut un temps où on respectait le vieillard parce qu'il avait vécu un temps qu'il pouvait nous raconter. Aujourd'hui, beaucoup sont parqués dans des asiles qu'on appelle "maisons de retraite".

D'autre part, ne pourrait-on voir, dans la conviction de Bonhomme, que ce caillou bleu lui sera un jour utile, la conviction même des artistes, qui recueillent parfois, dans leur environnement, un détail, un morceau, un bout, minuscule, et y entrevoient un quelque chose d'indéfinissable, qui se révèlera plus tard ? A travers leurs étranges lunettes, les artistes prennent un autre angle de vue pour voir le monde et créent des liens, étranges et beaux, entre les éléments.

Dans la simplicité de leur histoire, agrémentée de dessins mignons et attendrissants, ces albums proposent plusieurs pistes de réflexion, qui vont faire leur chemin, inconsciemment et construire une certaine vision du monde, ouverte à l'autre et à la beauté.

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