samedi 27 mai 2017

Arcadia, de Fabrice Colin


      Il était grand temps que je me fasse un petit stage de steampunk et voilà que Devinez-quelle-maison-d'édition-que-j'adore propose une promotion sur des Intégrales Steampunk. J'AI TOUT PRIS. 🙈

     J'ai donc commencé par Fabrice Colin, dont j'avais lu La Malédiction d'Old Haven. C'est un auteur français, donc c'est une bonne raison de le lire. Et puis, de toute façon, des gens de Twitter m'ont conseillé Arcadia

     Eh ben ! C'est un drôle de voyage que nous propose Fabrice Colin avec ce livre ! Accroche-toi, Jeannot ! Y a quelques remous ! 

   Deux visions alternatives du XIXe siècle : l'une fait évoluer les individus dans un univers où les créatures les plus sauvages deviennent domestiques, où tous les grands créateurs que nous connaissons évoluent dans les mêmes cercles ; l'autre est une version apocalyptique du monde : quelques rares individus mènent une vie délétère et dépourvue de but.

     Les scènes se succèdent mais ne semblent pas d'abord reliées les unes aux autres de manière cohérente. Chaque nouveau chapitre réclame une remise à niveau, une nouvelle vigilance du lecteur, à la manière d'un thriller qui propose ses pièces de puzzle dans le désordre et laisse le soin au lecteur d'y remettre bon ordre. Quel lien peut-il créer avec le reste ? Un peu démuni au début, il s'accroche à ce qu'il sait, assez peu en fait (le lecteur, c'est Moi!), du XIXe siècle, de ses grandes figures artistiques, poètes et peintres. 

     Mais, au détour de passages explicatifs un rien patauds (la petite Virginia écrit au Pinocchio de l'autre monde comment est son Monde à Elle et introduit la terminologie du livre, "Arcadia", "Ternemonde"... ou encore les discours de l'homme aux lunettes bleutées), et surtout en juxtaposant les personnages d'un monde à l'autre, on parvient à une trame : en fait, aux deux mondes précédents, il serait bon d'ajouter celui du cycle Arthurien. La trame se resserre pour souligner un enjeu et donc une quête. Les épreuves semblent énigmatiques, mais tout est relié par la volonté de l'homme aux lunettes bleues. 

     Il y a bien, pour pimenter le tout, quelques scènes d'action, mais elles sont parfois joyeusement éludées ! Quelle licence, Monsieur Colin ! On laisse présager une scène d'affrontement ; on crée du suspense ; on fait monter la tension de son lecteur et POUF ! En trois phrases, on saute allègrement par-dessus ! Certains lecteurs en ressortiront frustrés ; moi, j'ai ri. J'y ai vu une narration à la nonchalance insolente, un pied-de-nez aux romans qui ne s'appuient que sur les scènes d'action pour être poursuivis. Car ce que nous raconte ici Fabrice Colin, c'est surtout une marche lente vers le déclin, une apocalypse inéluctable qui donnera lieu, peut-être à une renaissance. 

      L'enthousiasme de l'écriture pour les œuvres dépeintes m'a par ailleurs séduite. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux "Salons" de Baudelaire et aux temps où décrire une oeuvre d'art avec des mots avait une réelle valeur et où donc le temps et le vocabulaire ne manquait pas pour poser le décor, évoquer les traits du pinceau, le style du peintre et les plus infimes sensations que le tableau pouvait procurer à son spectateur.

     Mais plus qu'un simple éloge de l'art au XIXe siècle, Arcadia de Fabrice Colin propose une écriture qui a son propre style. Il n'y a plus vraiment narration mais plutôt description des scènes, au point que certaines d'entre elles semblent  bien être des visions hallucinées ou des sortes de rêves éveillés. Très visuelles, inventives et marquantes, ce ne sont plus des scènes écrites mais des tableaux créés avec des mots.

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