mercredi 15 février 2017

Rose, de Valérie Vernay, d'Emilie Alibert et de Denis Lapière

     Pas besoin de longues palabres pour dire, d’emblée, que je suis conquise par Rose, de Valérie Vernay, Emilie Alibert et Denis Lapière. Ils avaient bien identifié leur lectrice, quand Babelio et Dupuis m’ont proposé de lire cette bande-dessinée : je suis le parfait cœur de cible.

     Mais revenons à nos moutons et parlons de ce magniiiiiiiifique coffret qui m’attendait dans ma boîte aux lettres alors que j’agonisais sur mon canapé à la mi-Janvier. Oh punaise ! Je ne participe à aucun swap et je ne pratique pas le unboxing, mais là ! J’étais folle.

     - ça va mieux, là, d’un coup ? ironise le Chouchou, quand je me redresse d’un bond et envoie balader ma couverture de grande malade. 

     Je vous montre ma découverte, pas à pas :



     Une pochette élégante, noire. Deux yeux en fente surplombent le titre éponyme, sculpté comme un buisson de roses, d’un rouge sang un peu égratigné. Cela m’évoque un personnage passionné mais fragile et surtout en grand danger, un danger surnaturel. Bon sang ! Ces yeux bleus ! Brrrrrrr



     Quand j’ouvre la pochette, c’est pour découvrir un intérieur rouge : on poursuit la thématique de sang et de danger mais l’effet produit est surtout une impression d’écrin.



     Et je tombe sur la bande dessinée et son marque-page découpé dans un solide papier glacé. Puis le poster. Je suis tellement admirative de ce coffret que je ne pense même pas à étudier un peu la signification de cette couverture. Je feuillette la bande dessinée, note brièvement une évolution du dessin du personnage principal, d’un trait plus détaillé vers plus de rondeur et de simplicité, puis je referme le tout. J’y reviendrai plus tard.


     Mais...
Et si j’étais déçue ?

     Je me décide à lire la bande dessinée, un soir très tard. On arrive au terme du délai de lecture : il faut passer par-dessus ses craintes et se lancer. La bande dessinée est vendue comme « un récit ensorcelant qui vous mènera aux frontières du réel », alors un soir tard, c’est parfait !

     Déjà, même si j’ai à un moment comparé le dessin à un certain Tintin de Hergé (dernière vignette page 38), je suis séduite par ce qui se dégage du coup de pinceau de Valérie Vernay, d’autant qu’il se suffit souvent à lui-même dans cette bande dessinée peu bavarde. La rondeur des traits des personnages et les nombreux paysages peints avec simplicité me rendent nostalgique. Le feuillage des arbres battu par le vent côtier, sur la première planche, évoque le temps qui passe, irrévocable. En fin de volume, la pluie qui verse sur les immeubles dans le dos de Rose, laisse penser à un futur bien sombre. Parfois, le style du dessin sert une pointe d’humour : mon dieu cette pin-up insolente ?! Ce vieux ronchon au charme méditerranéen ?! et ce personnage lunaire, longiligne, mordu d’informatique ?! Et ce pauvre policier, charmant en tous points, qui rencontre plusieurs moments de solitude...

     Par le cadrage, on devine à quel point Rose se sent seule : seule dans un grand nombre de vignettes, seule en public, seule dans l’intimité, seule avec sa faculté.

Une solitude subie, une solitude voulue.

    Bah oui, Rose n’a plus de famille, le deuil de son père, tout autant que son ignorance des activités et des fréquentations paternelles, l’isolent à l’enterrement et ce n’est pas la bonne du détective privé, pleine de sollicitude, qui va nous prouver le contraire ; elle ne fait que souligner l’absence et le vide, la solitude d’une capacité hors du commun (se dédoubler), qui n’aide pas particulièrement la jeune femme à se faire des amis.

     Et cependant, malgré ces premières impressions, la personnalité de Rose est difficile à cerner. C’est seulement au cours de ses démarches qu’on peut tirer quelques traits dominants chez ce personnage assez taciturne : elle est curieuse, tenace, observatrice, des qualités sans doute héritées de son père ; indépendante, elle ne cherche pas particulièrement le contact. Peut-être est-ce inutile, d’ailleurs, compte-tenu des commérages à son sujet auxquels elle assiste lorsqu’elle se dédouble...

Une solitude subie, une solitude voulue.

      Perdue par la mort de son père, Rose s’engage peu à peu dans plusieurs quêtes et enquêtes : intriguée par les circonstances du meurtre de son père, qui s’avèrent beaucoup plus complexes qu’au départ, et engagée, presque malgré elle, par une cliente qui était en affaire avec son père, la jeune femme va mener ses propres investigations, soutenue en cela par le jeune policier rencontré au cimetière et qui enquête lui aussi sur la mort du détective privé, ainsi que par un trio d’alliés imprévus.

     Enfin, maintenant que son père est mort, lui qui, par peur, ou parce qu’il n’avait pas de réponses à donner à une fillette effrayée, a toujours minimisé le phénomène de dédoublement dont elle est capable, il est temps pour Rose de comprendre un peu l’origine et l’étendue de ses pouvoirs.

      C’est là que la couverture s’explique : le visage de Rose ressort sur le fond rouge, tâché de sang ?, et sur son vêtement noir. Ses traits sont enfantins ; son regard semble à la fois triste et interrogateur, mais ses sourcils dessinés à traits vifs montrent un caractère prononcé et déterminé. Et sur la gauche, c’est le double de Rose qui émerge de sa silhouette. Son regard est plus confus.

      Elle promet, cette bande-dessinée, non ?

     Le mystère s’épaissit donc. Le lecteur, qui se frotte bien fort les mains, remonte le temps avec Rose et déroule peu à peu tous les fils qu’elle déniche. Toutes les questions convergent vers l’immeuble qui appartient au père de Rose et nous ramènent au secret de la naissance de celle-ci. Que pouvait bien cacher ce père, dont les regrets s’expriment depuis l’au-delà de n’avoir pas pu assez protéger sa fille, qui s’apprête désormais à affronter des démons qui l’attendent depuis aussi loin que toute sa vie entière ?

    Rhooooo, vous aussi vous êtes séduits, je le vois bien ! Moi, c’est tout ce que j’aime : des personnages qui ne disent pas tout d’eux dès le début et dont on creuse les histoires au fur et à mesure, en quête de vérité tout autant que d’eux-mêmes, qui effleurent la Grande Histoire et, par une pointe de fantastique, nous interrogent sur la relativité de nos jugements et sur notre apparente connaissance du réel.



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