dimanche 26 juin 2016

L'Ami d'éternité, de Victoire Theismann


Depuis que j’ai su la sortie de L’Ami d’éternité de Victoire Theismann, j’avais une grande envie de me le procurer. Les critiques que j’ai lues étaient plutôt positives, la couverture était magnifique : une esquisse du visage de Bernard Giraudeau, en quelque sorte le héros de ce livre. Et la thématique m’intéressait beaucoup, celle de l’amitié entre un homme et une femme, entre deux artistes qui s’admirent et s’apprécient mais qui jamais ne franchissent le pas. Ayant un ami de cette sorte, j’étais intriguée et m’identifiais inévitablement à Victoire Theismann. Enfin, la difficulté du deuil, le manque, le désir de continuer à parler, me touchent beaucoup.
C’est donc pour répondre à un certain nombre de mes questions que je me suis lancée dans la Masse Critique du mois de Juin, chez Babelio. Et je l’ai eu ! Youpi !

Quel bonheur d’abord d’avoir ce livre sous les yeux et dans les mains ! Ce qu’on ne voit pas à l’écran, c’est que la couverture est faite dans une sorte de papier canson ; cela confère de la texture au livre, met en valeur l’esquisse du portrait et granule sous les doigts ! Miam ! Petit plaisir gourmand de lecteur ! Les pages sont épaisses et douces, un peu jaunes comme les souvenirs. De temps en temps, l’une d’entre elles nous surprend : les couleurs d’un dessin de mode, d’un paysage urbain, d’une photo de presse.

Victoire Theismann nous invite à un voyage initiatique, qu’elle a entrepris, accompagnée de son ami, Bernard Giraudeau, et qu’elle a poursuivi seule, comme elle a pu, après la mort de celui-ci.
Le texte est très intime, entre le journal et la lettre qu’on n’ose pas envoyer.
Il brosse une histoire d’amitié, comme une histoire d’amour. L’auteure nous montre que l’amour n’a pas besoin d’étiquette, que l’amitié est aussi affaire de rencontres imprévues, comme dans les films, d’un lien qu’on tisse, qui se détisse parfois, mais ne rompt pas, jamais tout à fait en tout cas. Bernard Giraudeau lui tient lieu de père, d’enfant, d’ami et d’amant, comme dans toutes les grandes histoires d’amour ou d’amitié. Ce qui les unit, c’est une sorte de prédestination, un point commun imprévu mais qui finalement va de soi : le père de l’une était l’ami de l’autre. C’est leur métier aussi et l’admiration qu’ils se témoignent l’un à l’autre. Et cette quête incessante du sens de la vie : Victoire Theismann semble avoir servi d’ancre à l’acteur torturé.
Par ailleurs, c’est un récit de deuil très touchant. Chaque chapitre, écrit et ordonné de manière très personnelle, au gré de la vie et de la mémoire de l’auteure, est une évocation de l’ami absent, dont Victoire Theismann fait un portrait intime : Bernard Giraudeau n’est plus l’acteur flamboyant que les spectateurs connaissent, il prend, sous les yeux du lecteur, la forme d’un être exigeant, absolu et entier, torturé par des exigences intérieures qui l’entraînent dans une quête de réponses tout au long de sa vie. Visiblement, l’approche de la mort l’aura rendu à même de profiter de l’existence pendant les dernières années d’une vie pourtant rendue difficile. En tout cas, le portrait ressemble à un vibrant panégyrique, sans les conventions et la superficielle solennité du genre.

Car, à travers son parcours, le parcours de Bernard Giraudeau et de leur amitié au long cours, Victoire Theismann nous parle de nous, de l’humain, de ses espoirs, de ses difficultés. C’est l’occasion aussi de dire ce qu’est la vie, l’essentiel de nos croyances. L’auteure fait preuve d’un certain mysticisme qui peut mal passer si on ne le partage pas. Toutefois, il faut rester l’esprit ouvert, car il s’agit là d’une manière élégante de faire son deuil. En cela, il joue pleinement son rôle : le voyage ouvre les yeux au lecteur ; il en ressort grandi.

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