samedi 19 mars 2016

L'Assassin qui rêvait d'une place au Paradis de Jonas Jonasson

     
      
      L’Assassin qui rêvait d’une place au Paradis est un roman débordant d’un humour délicieusement irrévérencieux.

    Un pasteur volontaire incroyant, Johanna Kjellander, et un réceptionniste de piètre envergure, Per Persson, s’improvisent agents de Dédé le Meurtrier. Celui-ci est un sanguin sans éducation dont les incartades lui ont valu plus d’années en prison qu’au-dehors. Mais cette fois-ci, se dit-il, ce sera la dernière. C’est sans compter la volonté du pasteur et du réceptionniste.
       La rencontre se fait dans un hôtel miteux où tous se retrouvent un peu par hasard : Per, parce que son ascendance familiale l’a posé là, sans le sou et plein d’amertume, Johanna parce que son manque de croyance s’est brutalement révélé lors d’un prêche et que, expulsée de sa paroisse, elle erre dans un parc à échanger une intercession contre un sandwich, Dédé parce qu’il vient de sortir de prison…
      Le meurtrier est d’une ignorance crasse, comme la plupart des brutes qui parsèment ce volume, jusqu’aux Comte et Comtesse dont un geste maladroit leur coûtera bien cher… Ses deux acolytes sont plus intelligents mais partagent une aversion presque comique envers le reste du monde. Le livre fera croiser au lecteur la route d’autres personnages, dont l’humanité est tout aussi dénuée de noblesse, telle que le sacristain auto-proclamé Börje Ekman, prêt à porter des jugements sans appel au tout venant bien qu’il excuse ses petits arrangements personnels.
      S’ensuivent différentes péripéties toutes plus truculentes les unes que les autres : d’abord une petite entreprise de châtiments corporels, puis la fondation de l’Eglise d’André, pour finir sur une histoire de Père Noël… Car, si Dédé trouve la foi en Dieu comme on découvre un jouet dans un paquet de céréales, que la brusque conversion du vieux meurtrier embarrasse beaucoup ses deux agents, ces derniers ne manquent pas d’imagination pour continuer à tirer le maximum de profits de ce gros bêta. Sans cesse, ils inventent arnaques et mensonges, se sortent d’une pirouette – souvent appuyée sur une citation choisie de la Bible, de situations bien embarrassantes. Car Per et Johanna le savent bien : s’ils veulent tirer leur épingle du jeu, il va falloir jouer avec la versatilité brutale de Dédé, la vindicte de la Pègre locale et les lois terrestres comme divines.
     On l’aura deviné : ce roman est une satire réjouissante de l’institution religieuse et de la société Suédoise. L’écriture de Jonas Jonasson est tout en contraste. Il manie la langue avec la virtuosité qui permet de créer de délicieuses hyperboles, de cyniques antithèses et des euphémismes qui font sourire, et réfléchir. Tout est dit mais son contraire aussi. C’est là, la subtilité.
        Et la valeur ajoutée, c’est que l’intrigue ne vire pas pour autant dans l’absurde. Les personnages ne sont pas un prétexte à critiquer ou à rebondir ; ils ont une logique propre qui les rend authentiques et très attachants, quoiqu’ils soient cyniques ou bêtes, escrocs ou truands. Chaque péripétie va les amener à changer leur rapport au monde. Et bien que l’humour de ce roman soit souvent noir, les personnages principaux réservent quelques surprises qui réconcilient le lecteur avec le genre humain.

Merci à la Masse Critique et aux Presses de la Cité pour l'envoi de ce livre !


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