jeudi 12 octobre 2017

Pourquoi je commence à apprécier Stephen King


    Avant (Mais ça, c’était avant !😜), je me disais que les livres de Stephen King, c’était bien, mais gore. J’avais lu Carrie et son seau de sang de porc, Simetierre et ces cadavres ambulants, Rose Madder et sa traumatisante raquette de tennis. 

  J’avais trouvé la narration de Carrie mal fichue, les différents témoignages la morcelant et la rendant trop froide à mon goût. Simetierre reste un bon souvenir, des scènes affreuses mais qui traitent des thèmes récurrents chez l’auteur de la route assassine et surtout de la difficulté de faire son deuil. Quant à Rose Madder, je l’ai trouvé long et il m’a confortée dans l’idée que Stephen King aimait trifouiller scrupuleusement dans la perversite mesquine des êtres humains...


   Mais il y a eu les adaptations et cet ami, un rien psychopathe sur les bords, fana absolu du « Maître », selon ses propres mots 🙄.

    Je voulais donc voir "Ça" fin Septembre (EXCELLENTE ADAPTATION) et la série "22.11.63", avec le délicieux James Franco (pas vue encore...😭).


  
Affiches obtenues sur le site d'Allociné http://www.allocine.fr   

J'ai donc lu Ça peu avant les vacances d’été, puis j’ai récemment dévoré un autre pavé : 22.11.63.



    
Couvertures obtenues sur le site de la Fnac https://livre.fnac.com

  Ces deux livres ont certains points communs très appréciables qui m’ont fait découvrir le Stephen King que j’aime bien.
     D'abord, les deux présentent la ville comme un organisme vivant. Dans Ça, Derry est une ville malsaine, où toutes les perversions sont alimentées depuis la nuit des temps par une force obscure : les individus y deviennent irrémédiablement bourreaux ou victimes. Dans 22.11.63, après avoir pris brièvement le pouls de la malaisante Derry, Jake Epping rejoint Dallas, une ville tout aussi corrompue, où l’on se suicide, où l’on tue, où la misère côtoie les rêves tordus de grandeur d’un minable Lee Harvey Oswald.
     Chacun de ces livres cherche par ailleurs à nous faire vivre une époque. Dans Ça, on revit l’enfance, les errances de l’été, le groupe de copains, l’affrontement des petites terreurs, les premiers émois. Tout prend à la fois un caractère sacré et définitif ; chaque petit ou grand événement devient une initiation vers l’âge adulte. Dans 22.11.63, c’est la fin des années 50, début des années soixante que Stephen King nous fait revivre : les nuages de fumée dans les maisons et les voitures, les coupes courtes et propres des hommes, les odeurs et les saveurs de l’époque, la musique et la danse. L’auteur nous invite à la nostalgie en invoquant nos sens : nous nous y retrouvons avec plaisir ; nous revisitons une enfance perdue, nous vivons dans un passé quasi-idyllique (Même si Stephen King nous montre le côté moins propre des années 60, on ne peut que constater que notre époque est terne et triste en comparaison.)
       Dans les deux cas, le « Maître » nous offre une catharsis : et s’il nous était possible d’affronter nos anciens démons et de les surmonter pour libérer les adultes que nous sommes ? Et si nous pouvions intervenir dans les tragédies du passé et changer la vie de ceux qui en affrontent aujourd’hui les conséquences ? Et si nous pouvions annuler le meurtre de J.F.K. et ainsi offrir aux États-Unis la possibilité de poursuivre sa prospérité et de contrevenir aux mauvaises décisions politiques ?
    Sur la base de ces hypothèses, Stephen King met en scène une multitude de personnages dont on suit le parcours sur des années, voire des décennies. On s’attache à eux, on veut savoir ce qu’ils vont devenir. On tremble d’apprendre que Derry, ou « le passé (qui) ne veut pas être changé », aura eu leur peau. On a peur pour Bill, dont l’amour pour son petit frère perdu est si touchant ; on rit avec Richie ; on s’inquiète pour la belle et maladroite Sadie, dont le passé s’enlace à celui de Jake, dans une danse dont elle ne sortira sans doute pas indemne ; on goûte le triomphe d’une danse bien menée lors d’un bal de fin d’année.

    Stephen entrelace tous les fils avec brio, les fragiles destinées humaines à la grande trame d’une mythologie cosmique, les petits tracas et réjouissances quotidiens à la grande épopée de l’Histoire. Le lecteur n’a plus qu’à se laisser porter, entre horreur et attendrissement, larmes et rires, au fil des pages.

     Avant, je me disais : Stephen King a de bonnes idées ; il flaire les problématiques actuelles mais ne les approfondit pas toujours ; c’est un écrivain particulièrement prolifique mais tout n’est pas toujours de bonne qualité.

   Aujourd’hui, je pense que certains de ces livres sont de petits chefs-d’œuvre, qui allient tout ce qui fait l’intérêt de la lecture : le récit des trajectoires de personnages attachants, la sensation d’une vie qui pulse à nos yeux et à nos oreilles, des voyages fantasmés, de grandes questions existentielles abordées par le biais de métaphores fantastiques.

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