dimanche 13 novembre 2016

Lumière, le voyage de Svetlana, de Carole Trébor

Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et les éditions Rageot de m’avoir envoyé ce livre. Je suis toujours excitée comme un enfant le matin de Noël quand un livre me parvient par la poste. Bomp ! Bomp !
J’ai commencé ma lecture avec deux apriori favorables. D’abord, j’avais déjà lu le tome de Jules (U4), de la même auteure, et j’en avais aimé la lecture.
Ensuite, mais quelle couverture magnifiiiiiiiique ! Une sobriété si élégante ! J’en félicite Sébastien Pelon !
Peu de couleurs, peu d’éléments, des dessins simplifiés à l’extrême, qui parviennent à évoquer, par leur concision même, un univers si riche et plein de mystère.
Le noir tranche sur le tapis blanc de la neige qui recouvre en majeure partie la couverture, une touche de blond dans les cheveux de l’héroïne adoucit le personnage, le vert d’eau semble créer une ombre douce à l’immensité blanche.
Le dessin est sobre et met en valeur le mystère de cette quête. La police du titre est magnifique, comme calligraphiée, et évoque un passé aussi bien lointain que magique. Le personnage qui le surplombe semble diffuser une douce aura autour de lui, bien que son manteau sombre et son air déterminé montrent les difficultés à venir. Au loin, l’ombre des arbres s’atténue, un traineau avance sur le fil de l’horizon, puis, plus loin encore, on distingue l’architecture exotique d’un palais Russe, tel qu’on l’imagine.
En feuilletant l’ouvrage, on découvre que l’illustration se poursuit à l’intérieur et ponctue la narration du même dessin simple et évocateur, fait de lignes et d’aplats de couleurs blanche, noire et grise, qui plonge immédiatement le lecteur dans un univers de conte. Waaaaaah.
Bref, un petit livre bijou.
Et voilà que Carole Trébor nous invite à un voyage dans le temps et dans l’espace, auprès d’une héroïne qui grandit au fur et à mesure de sa quête, découvre ses origines et se découvre elle-même.
Tout commence sous les toits de Paris, au XVIIIe siècle. Svetlana a perdu sa mère adoptive ; elle est restée seule avec un père qui n’arrive pas à faire son deuil et qui la néglige au profit de ses recherches scientifiques. Alors que, pour assurer sa subsistance, elle trie les toiles de sa mère afin de les vendre, à regret, elle découvre un poème, écrit de la main même de sa mère. Une promesse a été faite qui doit être tenue. Svetlana doit se rendre en Russie et retrouver ses parents Russes. La jeune fille de 15 ans n’a pas de souvenirs de sa toute petite enfance en Russie. Elle s’interroge donc sur les raisons de son abandon, qui semblent évoquées à demi-mots dans le journal de sa mère française. Et la voilà qui s’embarque pour un long voyage qui la mènera du Paris des Lumières à la Russie des Tsars. Ce périple initiatique sera l’occasion de fabuleuses rencontres et de pertes effroyables et l’amènera ainsi à découvrir d’où elle vient et qui elle est.
J’ai beaucoup aimé le personnage de Svetlana. Elle est forte et volontaire. Elle a perdu sa mère, son père n’est qu’une ombre mais elle est prête à se lancer tout de même dans un voyage non dénué de dangers. Je me suis tout de suite attachée à elle.
Les amis qu’elle a, ou rencontre au fil de son voyage, sont tous très attachants également. Ce sont des amis loyaux, toujours prêts à rendre service, mais qui ont eux aussi leur part de souffrances et font avec, pour avancer : Guy, la figure de père, pleine de bonhommie ; Aliocha, l’ami farouche et fidèle, sur qui on peut toujours compter, cet autre dont la pensée est si différente et qui s’est construit tout seul ; Mira et Varlaam, le couple d’aubergistes qui fait office de grands-parents bienveillants, soucieux du bien-être de la jeune héroïne et qui jalonnent son parcours dans la Russie de son enfance ; Syna, Aaaaaah Syna ! , j’en veux une peluche !!!!! Une toute petite chose, si mignonne, qui a l’air si fragile, et en même temps si puissante.
J’ai adoooooooooré vivre à Paris avec Svetlana, observer les rues et les passants depuis la lucarne du grenier, me mêler à la haute société parisienne lors de l’exposition et rendre visite à un Diderot doux-amer.
J’ai aiiiiiiiiiiiiimé découvrir la Russie par petites touches, grâce au journal de voyage de Jeanne, la mère de Svetlana, me plonger dans les intrigues à la cour de Catherine II et me questionner, avec Svetlana, sur les raisons qui ont poussé ses parents russes à la confier à un couple de Français de passage. J’ai écarquillé les yeux au Palais d’Hiver de Catherine II, admiré les toilettes des gens de cours et la beauté de Boris, été intriguée par le cabinet secret de la tsarine. J’ai voyagé de manière inconfortable dans la voiture de Svetlana, visité Saint Pétersbourg avec elle, dans un pays que je connais mal et qui m’apparaît comme nébuleux et magique.
La narration s’écoule doucement, comme les sillons que laisse un traineau sur la neige. Elle alterne l’aventure, trépidante, et les moments de pause, où Svetlana se construit. Ainsi, les étapes du voyage sont autant d’épreuves et de péripéties humaines, naturelles et surnaturelles ; on frissonne à cause de la neige et du danger, on pointe le nez pour en savoir plus sur le mystère qui entoure les jeunes années de Svetlana et retrouver, avec elle, ses parents russes. Mais Svetlana nous confie aussi ses pensées et ses réflexions. Elevée avec l’Esprit des Lumières, pétri de sciences et de rationalité, elle est surprise de découvrir les croyances de son ami Aliocha, un paysan rebelle à l’Empire, qui vit en harmonie avec les forces naturelles. Par le biais de leurs discussions, ils apprennent l’un de l’autre. L’un s’ouvre à la philosophie, l’autre à une autre forme de pensée, une pensée magique. On apprend que toute pensée est relative à la culture dans laquelle on a grandi et que la seule manière d’apprendre, c’est de s’ouvrir à une autre culture que la sienne, en étant ouvert et tolérant.
Grâce à Lumière, j’ai donc voyagé, appris et grandi avec Svetlana et je l’ai quittée à regret, la sachant entre de bonnes mains mais m’interrogeant toujours sur ses liens avec sa mère Russe, dont j’aurais aimé en apprendre davantage, avec laquelle j’aurais aimé que Svetlana passe plus de temps. Un tome 2, peut-être ? Hein ? Hein ?


1 commentaire:

  1. tu m'as donné très envie de le lire, et j'adore le fait que tu prennes le temps de parler de la couverture d'un roman ( et c'est vrai que celle-ci est extrêmement belle, l'illustrateur a fait un boulot de malade)

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