lundi 23 mai 2016

Nos Adorables Belles-Filles, d'Aurélie Valognes


  
    Lu en un après-midi, Nos adorables belles-filles d’Aurélie Valognes m’a beaucoup fait rire et sourire.
       Cette comédie familiale qui m’a un peu fait penser à « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? » (Caractère du père et désir d’indépendance de la mère), propose un portrait amusant du microcosme familial, ponctué de délicieuses scénettes qui semblent avoir été prises sur le vif tant elles sont criantes de vérité.

On est le soir de Noël. Toute la tribu des fils et des belles-filles est arrivée dans la maison familiale de Jacques et Martine, les parents.
« Qu’est-ce que tu as prévu pour l’apéritif, Martine ? Il est déjà 21H20 ! » dit Jacques.
La Martine en question réplique, Jacques se lève « en grommelant » pour servir l’apéritif.
« Il y était depuis bien cinq longues minutes, on entendait des bruits de placard, de grille-pain et des « aïe, ça brûle » à répétition, mais toujours pas de toasts en vue. Finalement un hurlement retentit : « Martiiiiine ! C’est où dans le frigo, je trouve pas ! »

     Evidemment, quoi de mieux que les réunions de famille pour exacerber les petits scandales du quotidien ? Que ce soit à Noël ou aux vacances, les marottes, les habitudes et les particularités de chacun vont tâcher de s’ajouter, de s’ordonner et de s’imbriquer, comme elles peuvent, en un puzzle de bric et de broc.
      Et ce ne sera pas facile, car chez les Le Guennec, tout le monde est haut en couleur, grand-mère comprise. Ah Antoinette, tout un poème !
      Et la palme revient sans conteste au patriarche Jacques.
    Au fur et à mesure de la lecture, on apprend les nombreuses boulettes qu’il a commises auprès de ses belles-filles, entre les petites remarques blessantes, dites sans réfléchir, et les petits cadeaux un peu mesquins. On comprend vite que ce livre aurait mieux fait de s’intituler « Notre adorable beau-père ». Alors, oui bien sûr, Stéphanie est à cheval sur la sécurité (M’enfin bon, c’est une mère, hein !), bien sûr Laura a la réplique cinglante (Non mais, vu la délicatesse magistrale de beau-papa, on s’échauffe, pas vrai ?), mais alors Jacques ! Jacques !!! Oh là là, ce qu’il m’a bien agacée, celui-là ! Egocentrique à souhait, pantouflard, persuadé de son bon droit, ne connaissant pas le tact et administrant des jugements à l’emporte-pièce, ce sexagénaire a tout pour déplaire.
    Heureusement que Martine veille à faire le tampon entre son incorrigible mari et ses belles-filles... Mais voilà qu’elle en a marre, Martine : son couple s’encroûte et sa famille se morcèle ! Et c’est épuisant, à la fin, de pallier aux défauts d’un mari qui prend tout pour acquis et ne pense même pas à se remettre en question ! Martine, elle veut de l’indépendance ! Et elle veut être désirée, mince ! Arf, ce Jacques, grrrr...
     Toutes les relations y passent, chroniquées de manière alerte et fine par la plume d’Aurélie Valognes : les relations hommes-femmes, non dénuées d’un machisme ambiant (Hommes devant la télé, femmes à la vaisselle : ça ne vous rappelle rien ?), beaux-parents/belles-filles, couple débutant, couple installé et couple vieillissant. Tout ce monde-là tente de vivre ensemble, malgré les tensions, sous le toit de cette vieille maison de famille, faite avec amour, mais pas toujours au mieux.
     Le ton est juste. Les personnages sont présentés dans toute leur splendeur, avec ce qu’ils ont dans la tête, dans leur logique interne donc, sans jugement. Fidèles à des archétypes familiaux, tout comme les situations choisies, ils ne peuvent que faire penser à des scènes vécues et à des membres de sa propre famille (Cher Papa, si tu savais...).  Les dialogues sont enlevés. 
     Bon, le climax est un peu couru, avec ces quelques événements phare de la vie familiale qui se chevauchent et accélèrent le rythme de la narration tout en permettant à tout le monde de s’accepter et de repartir de neuf. Mais j’aurai passé un vrai bon moment avec ce livre.


En bref :
Nos Adorables Belles-Filles = une bonne comédie familiale, juste, drôle et bien écrite, qui mériterait une adaptation au théâtre.

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