dimanche 1 mai 2016

Le Grand Secret, de Christos

     Je tiens tout d’abord à remercier la Masse Critique de Babelio et les éditions Alice de m’avoir envoyé Le Grand Secret.


    Bien que j’ai lu ce livre en peu de temps – quelques heures ont suffi, j’ai eu du mal à me pencher sur l’écriture de cette chronique. Le problème, c’est que, si l’idée de base est bonne, ainsi que quelques idées adjacentes, j’ai trouvé l’écriture maladroite.

   Cette idée, dont je ne peux pas parler parce que sa révélation progressive structure le récit, m’a attrapée aux deux-tiers du roman. Je la trouve maligne et prometteuse d’une longue série d’aventures pour Joris, le jeune héros du livre. Le rôle attribué à la mère de Joris est aussi très intéressant : c’est une mise en abîme du métier d’écrivain, et plus généralement d’artiste.
     Cependant, la narration est très maladroite.
   Commencer par un rêve fantaisiste, avant même que le lecteur n’ait constaté la réalité dans laquelle vit le héros, m’a mise sur une fausse piste et m’a perdue : ce procédé m’a du coup semblé manquer de clarté.
     De même, la narration tourne longuement et assez grossièrement autour de la révélation.
   Par ailleurs, les dialogues entre Joris et ses parents, au petit-déjeuner par exemple, m’ont paru dénués de vraisemblance et de spontanéité, même si l’amour débordant de la mère de Joris m’a fait sourire.
    De plus, l’initiation de Joris manque de profondeur. La partie théorique est évacuée dans le passé du garçon : nous n’en avons que des morceaux frustrants. Je ne peux pas m’empêcher de comparer cette initiation à celle qui a lieu dans Pisteur de Orson Scott Card, qui est tellement travaillée, en profondeur. Dans Le Grand Secret, la partie pratique est elle aussi rapidement effleurée et j’aurais aimé qu’elle soit plus développée. Et là, je la compare à l’initiation des héros de Harry Potter, comment on leur apprend à dompter les créatures, à s’adapter à l’univers fantastique dans lequel ils vivent. Alors, bien sûr, mes deux sagas de référence sont en plusieurs tomes volumineux et Pisteur est écrit pour les adultes. Toutefois, s’il est vrai que les enfants peuvent combler les manques de la narration avec leur propre imagination, comme moi-même j’ai pu le faire en recréant l’univers de Narnia, en en oubliant l’écriture moralisatrice, je pense qu’un auteur peut être exigeant avec ses lecteurs et avec lui-même, qu’il ne doit pas sous-estimer l’intelligence des enfants et, dans une volonté de clarifier les choses, les simplifier à l’extrême. Je ne pense pas que c’est forcément ce qu’a voulu faire Christos, je pense plutôt à de la maladresse.
     Enfin, du point de vue de la macrostructure de la série, j’ai aussi des réserves. Selon moi, une bonne saga, surtout actuellement, s’appuie sur un univers dont on ne montre qu’un morceau, très parcellaire, sans que le lecteur n’en soit conscient. Puis, l’auteur amène habilement le lecteur à se rendre compte que l’univers est beaucoup plus complexe qu’il ne l’a cru au premier abord et c’est ainsi que la série rebondit, par complexification progressive. Dans ce livre, après la révélation dont je ne peux pas parler, plusieurs allusions laissent entendre que l’univers mythologique est loin d’être le seul auquel Joris sera confronté. Pour moi, c’est trop tôt.

     Donc, je peux saluer l’idée de Christos tout en regrettant ses maladresses d’écriture.



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