lundi 10 juillet 2017

Le fabuleux départ en Laponie de la famille Zoiseaux, de Jean-Marie Gourio

Pourquoi j'ai voulu lire Le fabuleux départ en Laponie de la famille Zoiseaux ? 
Pour le titre bien sûr ! Parce qu'il promet voyage et exotisme (la Laponie !!!😍) et peut-être une sorte de conte initiatique (le thème du voyage, de la famille, le nom Zoiseaux, tout ça...). 
Pour la 4e de couverture ensuite, parce qu'elle corroborait assez bien le titre : un père de famille, guichetier de banque, se met à se transformer en oie, et sa transformation promet de changer le destin de bien plus de gens encore.
Pour l'argument éditorial enfin : face à la crise, à l'ambiance sombre dans laquelle baigne notre société, Jean-Marie Gourio nous propose de nous redonner le moral en nous faisant entrer dans son univers, avec sa collection Papillon, qui éditera tous les 6-9 mois, ses propres livres. 🤔


N'y allons pas par 4 chemins : je me suis ennuyée et j'ai dû forcer ma lecture pour aller jusqu'au bout. Bah oui, ça arrive...😕
Peut-être avais-je compris "voyage", quand il ne s'agissait que d'un départ ? En tout cas, tout le livre ne raconte que la lente transformation, essentiellement physique, du personnage principal, ainsi que les réactions qu'elle déclenche chez le narrateur et dans le noyau familial, à savoir sa femme et ses enfants. 

Je voulais voyager, vivre l'exotisme de la Laponie et peut-être revivre un peu l'aventure de Nils Holgersson auquel l'auteur fait référence ; loin de là ! Pas d'aventure, ni de paysages, pas de voyage. A peine des incursions fantasmées dans des endroits juste nommés, que le narrateur décrit sous la forme de ressentis, sans jamais que le lecteur puisse véritablement y prendre sa part de beauté et de découverte. Et pas une once de Laponie : elle reste le grand projet de la famille Zoiseaux. Bah Oui, c'est un départ, hein, pas un voyage, tant pis pour moi.

Je m'attendais à être emportée par une sorte de transfiguration qui allait faire tache d'huile dans l'entourage ; me voilà avec le récit égocentrique d'un homme contemplatif, qui, non content de ne pas véritablement se transformer intérieurement (Il ne semble prendre finalement que la forme animale appropriée à ses désirs et à son caractère.), se répand en ressentis nombrilistes et en questions existentielles assez peu convaincantes, et ne change rien à son environnement. En effet, ce qui amènera la petite révolution ailée n'a rien à voir avec le narrateur. 
Vous pouvez le constater : le personnage ne m'a pas paru très intéressant. J'ajouterais que la narration est très masculine. Petite fille ayant grandi au milieu de livres qui mettent en scène des héros masculins, j'ai l'habitude de m'identifier à ces derniers et normalement, cela ne me pose aucun souci. Sauf ici. Roméo Zoiseaux s'inquiète beaucoup au sujet de la transformation de son sexe et de sa performance en vol. Même s'il y a là une cohérence psychologique, je n'ai pas été très intéressée par ce type de détail. Je veux dire, s'il s'était agi de se dépasser en volant toujours plus loin et toujours plus haut pour rejoindre un idéal, comme Jonathan Livingstone le Goéland, d'accord. Mais ici, c'est l'angoisse de ne pas réussir qui apparaît, et donc finalement l'inquiétude de l'impuissance. Si on ajoute la façon dont l'acte sexuel est traité... Allusif au début de la transformation (ce que j'ai trouvé légitime), il est davantage décrit quand Roméo est davantage oie qu'homme 😳. Et l'auteur ne peut s'empêcher de faire référence à l'illégalité de la zoophilie...😰 N'est-ce pas maladroit ?

Je m'interroge par ailleurs sur les valeurs transmises dans ce livre. La famille, ok : le couple est soudé par l'amour et les petits rituels ; peu à peu, la famille se transforme en une véritable nichée qui partage projet, rêve et bien davantage. Plus contestable est la capacité de l'individu à transformer son environnement (ce qui j'imaginais être l'argument du livre), puisque si Roméo Zoiseaux fédère sa famille autour de sa transformation, qui semble lui rendre une place centrale😶, la narration ne va pas au-delà des quelques clients du Crédit agricole où il travaille et de la maîtresse au long cou des enfants (et encore, je ne m'explique pas son rôle soudain à la fin de l'histoire...). L'univers, qui aspirait pourtant à s'étendre avec le thème du voyage, m'a donc semblé particulièrement rétréci au noyau familial, si ce n'est à Roméo lui-même.
Quant à la révolution ailée - ou je ne sais déjà plus comment l'a appelée l'auteur..., elle n'est pas le produit d'une transformation intérieure mais une réaction de rejet face à un événement tragique et de fuite en avant. Dommage...

Parlons à présent du style. L'auteur s'amuse avec les temps dans les premières pages : le présent d'énonciation associé au mode contemplatif du personnage alterne joyeusement avec le passé simple et de l'imparfait qui font irruption quand on passe peu à peu au récit de la transformation du personnage. Si l'idée est bonne, pour la symbolique, ma lecture en a été gênée. Ainsi, j'ai été soulagée que ce parti pris stylistique disparaisse plus tard. 
Je crois également avoir repéré ce qui me semble être un tic d'écriture : au lieu de lister dans une unique phrase une série d'actions, l'auteur isole chacune dans une phrase. C'est déroutant. Ce choix aurait pu être intéressant si j'en avais compris le but et s'il n'avait été repris à profusion dans les pages qui suivaient immédiatement, comme une mauvaise habitude. 
Et ne parlons pas du "sexe" qui se transforme au bout de quelques pages en un élégant "bite"...

Bref, je suis désolée de le dire mais je n'ai pas accroché. L'idée de départ est séduisante mais je préfère de loin relire Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède et Jonathan Livingstone le goéland dont l'ambition de voler toujours plus haut devient une véritable quête initiatique qui transformera autant le lecteur que le personnage.

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